[critique] Bird : Une fable initiatique pleine de fougue et de poésie

© Atsushi Nishijima

Bird marque le retour de la réalisatrice britannique Andrea Arnold à l’univers fictionnel, mais adjoint au réalisme qui l’a fait connaître une fantaisie surprenante, empreinte de délicatesse.

Trois fois lauréate du Prix du jury au Festival de Cannes (pour Red Road en 2006, Fish Tank en 2009 et American Honey en 2016), la Britannique Andrea Arnold s’était temporairement détournée du long-métrage de fiction pour s’essayer à la série, avec la deuxième saison de Big Little Lies (2018-2019), et au documentaire, avec Cow (2021). Bird marque son retour à l’univers fictionnel, mais adjoint au réalisme qui l’a fait connaître une fantaisie surprenante, empreinte de délicatesse.

Bailey, 12 ans, vit dans un squat du Kent, en Angleterre, avec son demi-frère Hunter, 17 ans, et son très jeune père, Bug. Tout à ses préparatifs de mariage avec sa nouvelle compagne, celui-ci consacre peu de temps à ses enfants. Livrée à elle-même, Bailey pose sur le monde un regard singulier, qu’elle capte par de petits films enregistrés sur son smartphone. Ce sont les créatures ailées qui retiennent avant tout son attention, de la plus minuscule coccinelle aux oiseaux les plus majestueux. C’est alors qu’entre dans sa vie un curieux ange gardien, Bird, figure à la fois réelle et insolite qui semble tout droit sortie de l’imaginaire de l’adolescente. À travers lui, le film flirte avec le conte, tout en demeurant ancré dans un âpre contexte social.

Par sa poésie délicate et mélancolique, qui n’occulte pas pour autant la violence de l’environnement, le ton se démarque des œuvres précédentes de la cinéaste : l’esthétique demeure essentiellement naturaliste, mais l’on semble toujours frôler le surnaturel. Cette dimension merveilleuse est incarnée par un Franz Rogoswki déconcertant, drôle d’oiseau virevoltant et tendre, surgi de nulle part pour accompagner un temps Bailey dans son cheminement vers l’âge adulte.

Une distribution inspirée, alliant humour et grâce

L’entrée en scène de Rogowski (Great Freedom, Passages) tient véritablement de l’apparition. Son personnage, d’une douceur désarmante et d’une infinie étrangeté, contribue à donner au film sa qualité onirique, et forme avec l’impétueuse Nykiya Adams, dont c’est le premier rôle à l’écran, un duo attachant et gracieux. Barry Keoghan (Les Banshees d’Inisherin) complète le tableau en jeune père immature, exalté par un projet farfelu de « crapaud à came » avec lequel il espère faire fortune. Si ce personnage commence par sembler risible, apportant au récit une touche de comédie, l’acteur irlandais parvient à lui donner une réelle épaisseur qui laisse toute sa place à l’émotion – maître mot de cette fable inattendue et aérienne.

Bird, sortie le 1er janvier 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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